Ne touchez pas aux services essentiels

Quand le profit rencontre la survie collective

Depuis plusieurs décennies, un même discours revient régulièrement :

> « Le privé est plus efficace. »

« Il faut rationaliser les dépenses. »

« Il faut moderniser les services publics. »



Sur le papier, ces arguments peuvent sembler raisonnables.

Après tout, personne ne souhaite le gaspillage.

Mais il existe une frontière que toute société devrait réfléchir à deux fois avant de franchir :

celle des services essentiels.



Une société tient grâce à des piliers invisibles

La plupart du temps, nous n'y pensons même pas.

L'eau arrive au robinet.

L'électricité fonctionne.

Les ambulances répondent.

Les pompiers interviennent.

Les hôpitaux accueillent les patients.

La protection civile reste en veille.

Tout paraît normal.

Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une réalité :

Ces services constituent les fondations de la société moderne.

On ne remarque leur importance que lorsqu'ils cessent de fonctionner.



Le jour où tout bascule

Imaginez quelques instants :

une inondation majeure ;

un attentat ;

une panne électrique généralisée ;

une pandémie ;

un accident industriel ;

une contamination de l'eau potable.


À cet instant, une question devient plus importante que toutes les autres :

> Qui répond présent ?



Pas dans une semaine.

Pas après une étude de rentabilité.

Pas après une réunion du conseil d'administration.

Maintenant.



Le piège de la rentabilité

La logique du marché est simple :

réduire les coûts ;

augmenter l'efficacité ;

améliorer la rentabilité.


Cette logique fonctionne parfaitement pour de nombreux secteurs.

Mais les services essentiels obéissent à une autre règle.

Un camion de pompiers qui ne sort jamais coûte de l'argent.

Une équipe de secours qui attend une catastrophe coûte de l'argent.

Une réserve stratégique de matériel coûte de l'argent.

Des lits d'hôpital inoccupés coûtent de l'argent.

Pour un gestionnaire financier, cela peut sembler inefficace.

Pour une société résiliente, c'est au contraire indispensable.



Le paradoxe de la préparation

La préparation est toujours jugée trop chère...

...jusqu'au jour où elle manque.

Avant les inondations :

> Pourquoi investir autant ?



Après les inondations :

> Pourquoi n'étions-nous pas prêts ?



Avant une pandémie :

> Pourquoi garder des stocks ?



Après une pandémie :

> Pourquoi n'avions-nous plus de stocks ?



L'histoire répète ce scénario encore et encore.



La privatisation rampante

Rarement un gouvernement annonce :

> « Nous allons privatiser un service essentiel. »



Le processus est souvent plus subtil.

1. Les budgets deviennent tendus.


2. Les effectifs diminuent.


3. Les départs ne sont plus remplacés.


4. Les tensions augmentent.


5. Les citoyens constatent les difficultés.


6. Une alternative privée apparaît.



Le problème est que le débat commence alors sur un terrain déjà dégradé.

Le service public est jugé après avoir été affaibli.



Ce que nous avons appris avec le COVID

La pandémie a servi de révélateur mondial.

Nous avons découvert que même les pays les plus riches pouvaient manquer :

de masques ;

de matériel médical ;

de personnel ;

de capacités hospitalières.


Pendant quelques mois, le monde entier a compris une vérité simple :

> Certaines capacités ne peuvent pas être improvisées.



Elles doivent exister avant la crise.



Les pompiers, les ambulances et la Protection Civile

Les citoyens voient souvent un véhicule rouge passer à toute vitesse.

Ils voient une ambulance arriver.

Ils voient parfois un hélicoptère ou une équipe de secours.

Mais ils ne voient pas :

les années de formation ;

les exercices ;

les stocks ;

les procédures ;

les centres de coordination ;

les astreintes.


Ils ne voient pas toute la structure qui permet l'intervention.

Et pourtant, c'est cette structure qui sauve réellement des vies.



La leçon de la gestion de crise

En gestion des situations exceptionnelles, un principe revient constamment :

> Les capacités perdues sont beaucoup plus difficiles à reconstruire qu'à préserver.



Former un pompier prend du temps.

Former un ambulancier prend du temps.

Former un coordinateur de crise prend du temps.

Construire une culture opérationnelle prend des années.

La détruire peut prendre quelques mois.



Public ne signifie pas parfait

Soyons honnêtes.

Les services publics ont parfois :

de la bureaucratie ;

des lourdeurs administratives ;

des procédures excessives.


Mais la solution n'est pas forcément de les remplacer.

La solution peut aussi être de les améliorer.

Confondre réforme et démantèlement est une erreur fréquente.



Une assurance collective

Un service essentiel n'est pas seulement une dépense.

C'est une assurance.

Comme une assurance incendie.

On espère ne jamais en avoir besoin.

Mais on est heureux qu'elle existe lorsque tout bascule.

Une société mature ne mesure pas uniquement le coût de ses services essentiels.

Elle mesure également le coût de leur absence.



Conclusion

La question n'est pas de savoir si le public est meilleur que le privé.

La question est de savoir ce qu'une société considère comme trop important pour en perdre la maîtrise.

L'eau.

L'énergie.

Les secours.

La santé d'urgence.

La gestion des catastrophes.

Les infrastructures critiques.

Ces domaines ne sont pas de simples lignes budgétaires.

Ils constituent le filet de sécurité collectif.

Et lorsqu'un filet de sécurité disparaît, on ne découvre généralement sa valeur qu'au moment où l'on tombe.



Libellés

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Citation de clôture

> « Une société ne se juge pas uniquement à sa richesse.

Elle se juge à ce qu'elle est capable de protéger lorsque survient la tempête. »

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