Pompiers en pénurie : manque-t-on vraiment de candidats... ou de portes ouvertes ?

Pompiers en pénurie : et si le vrai problème était l'entre-soi ?

En lisant l'article expliquant que les pompiers belges manquent de personnel, je n'ai pas seulement pensé au manque de moyens ou au manque de candidats.

J'ai pensé à une autre question.

Qui laisse-t-on entrer ?

Pendant des années, j'ai essayé d'intégrer ce monde.

À l'époque, je voulais devenir pompier.

J'ai tenté les examens.

J'ai multiplié les démarches.

J'ai parcouru des kilomètres pour passer certaines épreuves.

Et pourtant, j'ai souvent eu l'impression de me heurter à quelque chose d'invisible.

Pas une règle écrite.

Pas une interdiction officielle.

Quelque chose de plus subtil.

Une culture.

La culture du « nous ».

Le problème, c'est que lorsque le « nous » devient trop important, le reste de la population finit par devenir « eux ».

Et c'est souvent là que commencent les difficultés.

Cette réflexion dépasse largement les pompiers.

On la retrouve parfois dans la politique.

Dans certaines administrations.

Dans certaines associations.

Dans certaines entreprises.

Les mêmes réseaux.

Les mêmes cercles.

Les mêmes habitudes.

Les mêmes profils.

Les mêmes références.

Puis un jour, les institutions se demandent pourquoi elles peinent à recruter.

Pourquoi les jeunes ne se présentent plus.

Pourquoi certaines populations ne se sentent pas concernées.

Pourquoi la confiance diminue.

La réponse est peut-être plus simple qu'on ne le pense :

Parce que beaucoup de citoyens ont parfois le sentiment que ces institutions ne sont pas faites pour eux.

Bruxelles est un exemple fascinant.

On continue souvent à penser la ville à travers une opposition entre francophones et néerlandophones.

Comme si toute la réalité bruxelloise pouvait encore se résumer à cette seule ligne de séparation.

Pourtant, Bruxelles d'aujourd'hui est beaucoup plus complexe.

C'est une ville où vivent côte à côte des familles d'origine belge, marocaine, congolaise, turque, italienne, espagnole, roumaine, polonaise et bien d'autres encore.

Une ville où des milliers de personnes naviguent quotidiennement entre plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs identités.

La vraie question n'est donc pas seulement :

« Combien de pompiers nous manque-t-il ? »

La vraie question est aussi :

« Qui voit-on dans les casernes ? »

Et surtout :

« Qui ne voit-on pas ? »

Un enfant doit pouvoir regarder un pompier, un ambulancier, un secouriste ou un policier et se dire :

« Cette place pourrait être la mienne. »

Lorsqu'une institution devient le reflet de la population qu'elle sert, elle gagne quelque chose qu'aucun budget ne peut acheter :

La confiance.

La confiance réduit les tensions.

La confiance améliore la coopération.

La confiance crée des vocations.

Je ne prétends pas que la représentativité résout tout.

Je ne prétends pas qu'elle fera disparaître tous les problèmes.

Mais je suis convaincu d'une chose :

Une institution qui se ferme finit toujours par s'appauvrir.

Une institution qui s'ouvre finit toujours par se renforcer.

Aujourd'hui, je suis ambulancier.

Je suis secouriste volontaire à la Croix-Rouge.

Je poursuis une formation en gestion des situations exceptionnelles.

Je continue à servir.

Et je compte toujours passer le CAF.

Non pas pour prouver quelque chose.

Mais parce que je crois encore qu'un service public fort doit ressembler à la population qu'il protège.

Peut-être que la pénurie actuelle n'est pas seulement un problème de recrutement.

Peut-être qu'elle est aussi le résultat de décennies où l'on a parfois oublié d'ouvrir suffisamment grand la porte.

Et lorsqu'une institution manque de monde, la première question à se poser n'est pas :

« Pourquoi les gens ne viennent plus ? »

La première question est :

« Ont-ils réellement eu le sentiment d'être les bienvenus ? » :::

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